J’ai très vite pensé que le système des distinctions, portaient en lui quelque chose de pourri. A part, quand gosse, dans ma classe, j’ai eu le prix de camaraderie… Ma mère a trouvé que,c’était bien dans la continuité de mon éducation chrétienne …

Dans le fait d’obtenir une distinction quelconque, y est intégrée une violence (systémique ?).

Si tu as eu la récompense, et bien, d’autres ne l’ont pas eu… On leur a fait violence , pour que ce soit toi qui l’ai…

Tu participes à cette violence qui exclue ceux et celles qui ne sont pas les premiers. Tu cautionnes le système hiérarchique qui écrase ceux qui sont en dessous.

Dans le milieu du documentaire, j’ai toujours été assez énervé par ces festivals , avec des prix…

Tu fais un doc sur les exclus de chez les exclus, et on te files un prix, qui de fait exclut les autres, qui ont fait d’autres films… Sans parler des pistons et autres tartuferies.

Donc quand je tombe sur un article qui analyse par le menu ce système de prix, politiquement à chier, je suis bien content… Même si il y a un bémol lorsqu’il dit qu’il ne faut pas critiquer les artistes, mais les soutenir.. Ce qui les mettrait au-dessus des humains, sur un piédestal? Euh… la hiérarchie poussée dehors reviendrait pas la fenêtre.

Reste que tout le reste est excellent alors, on en profite , hein?


De jeunes gens, désireux d’organiser un prix de jeune création avec appel projet, m’ont demandé mon avis sur la question. Voici ma réponse :
“Bonjour,
Merci pour votre message. C’est sympa d’avoir pensé à nous. Vous me demandez mon avis, je vais vous le donner, mais il risque de ne pas vous faire plaisir et de vous couper un peu dans votre élan !
Le voici :
Face à un monde entrepreneurial dans lequel les gens sont perpétuellement mis en compétition, il faut créer des liens (tel que l’entend Giordano Bruno) et des relations, d’amour, d’amitié, et par-dessus tout de confiance. Il faut sortir de la pensée néo-libérale. Il faut libérer notre Imagination active de la servitude volontaire dans laquelle nous nous sommes mis vis-à-vis du techno-capitalisme. Je reformule plus simplement : il faut arrêter avec ces principes de concours, de prix, de compétition. C’est de la merde. Il faut arrêter de mettre dos à dos les artistes, de les mettre en compétition afin de gagner un prix (comme on gagnerait des bons points à l’école). Il faut défendre les artistes et leur donner un espace serein et préservé afin qu’il puisse s’exprimer librement et pleinement sans avoir à répondre à un cahier des charges qui phagocyte l’Imaginaire et répondent à des impératifs économiques — voire politiques — plus qu’artistiques.
Face à une hégémonie culturelle de la Monoforme (pour reprendre la terminologie de Peter Watkins), il faut refaire une culture, faire des bibliothèques, créer des communautés, des phalanstères, des abbayes de Thélème. Il faut s’organiser, se soutenir. Les artistes n’ont pas besoin d’être critiqués mais soutenus. Sortons des codes imposés par le régime dominant. Inventons de nouvelles façon de faire, de vivre, de voir. Sortons des logiques marchandes et de compétitions. Expérimentons. Contemplons.
Bref ! Laissez tomber ces idées d’un vieux monde au bord d’une faillite méritée mais qui tarde à arriver, et inventez de nouvelles façon de montrer, de se soutenir, de voir et d’aimer les artistes autour de vous.
J’espère que ce message vous aura un tant soit peu parlé et que vous y trouverez matière à nourrir votre projet vers de nouvelles voies qui abandonneront ces principes obsolètes sur lesquels nous ne voulons pas construire le monde de demain tel que nous le rêvons.
Bien sincèrement,
Vincent
pour ANIMA”

Catégories : Société

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